Critique littéraire – Rééducation nationale, de Patrice Jean

Le saviez-vous ?

Mise à jour le 03/09/2026

Critique

À l’occasion de la rentrée des classes, Hélène Parmentier propose de découvrir Rééducation nationale, le huitième roman de Patrice Jean, paru en 2022 aux Éditions Rue Fromentin. Une satire mordante du monde de l’Éducation nationale, de ses réformes, de sa novlangue et de ses débats idéologiques.

Critique par Hélène PARMENTIER

C’est la rentrée des classes, l’éternel retour à l’école des petits et des grands, dans la joie et la bonne humeur pour certains, en traînant la patte pour d’autres…

Bruno Giboire, tout juste titularisé, découvre le sens de sa vie en entrant pour la première fois dans la salle des professeurs. Néophyte exalté par son nouveau métier, il appartient à la cohorte des bons élèves de l’Éducation nationale, celle qui suit chacune de ses réformes comme un bulletin météo, qui parle la novlangue des inspecteurs d’académie, applique à la lettre les prescriptions gouvernementales, affiche le portrait de Philippe Meirieu au-dessus de son lit pour mieux rêver pédagogie différenciée, transversalité des savoirs et autres séances spiralaires, et, persuadée de remporter l’adhésion enthousiaste d’élèves mis en activité et en îlots, jouit en concoctant une séquence didactique sur « la poésie baroque, de Saint-Amant à Booba ».

Ce monde presque idéal bascule le jour où le conseil d’administration du lycée dans lequel officie Bruno décide de vendre une petite statuette khmère pour financer un atelier pédagogique et citoyen destiné à lutter contre toutes les discriminations, « sociales, sexistes, racistes et numériques ».

Quel camp rejoindra Bruno ? Celui des progressistes, de l’engagement, qui prône la vente de la statue pour venir « en aide, concrètement, à ceux qui souffrent, en France et dans le monde » ? Celui des « Neutres par indifférence ou par volonté de ne blesser personne », que tout le monde méprise ? Va-t-il rejoindre ce « mélange répugnant de “fachos, d’alcoolos ou de crétins” », qui certes « ne se désignent pas de cette façon » mais pensent tout de même qu’il faut conserver l’œuvre d’art offerte par Malraux pour « stimuler la rêverie des adolescents », en leur présentant « un joyau de la création humaine » ? Ou bien militera-t-il, avec les féministes dissidentes, pour que la petite apsara, victime de la concupiscence des hommes, soit donnée à un musée du féminisme « dans le but pédagogique d’illustrer l’éternelle phallocratie » ?

Le 8e roman de Patrice Jean sent le vécu ; d’une plume acérée, il présente une vision percutante du petit monde éducatif (et petit est à prendre dans les deux sens du terme), avec ses convictions et moyens de coercition. Pour ceux qui en douteraient encore, la réalité n’a pas besoin d’être beaucoup déformée pour devenir comique, sauf quand le narrateur part dans un délire jubilatoire en imaginant l’existence d’un médicament pour soigner les gens de droite – ce qui n’est pas sans rappeler Tout le monde dit I Love You, de Woody Allen.

Un livre à découvrir pour percer les mystères de la salle des profs, avant de filer en stage de citoyenneté.