Critique littéraire – Roman fleuve, de Philibert Humm
Mise à jour le 08/07/2026
Dans cette première critique, Hélène Parmentier nous entraîne au fil de la Seine avec Roman fleuve de Philibert Humm, un récit aussi drôle que dépaysant, idéal pour une lecture estivale.
Critique par Hélène PARMENTIER
"Tu veux rire ?" m'a très sérieusement demandé une amie l'autre jour. J'ai répondu "Oui", en la prenant au mot, parce que c'est la moindre des choses quand on parle de littérature et que je n'avais pas de raison particulière de vouloir pleurer. "Eh bien, si tu veux rire, lis Roman Fleuve de Philibert HUMM."
Comme cette conversation avait lieu dans cet espace extraordinaire qu’est La Mouette rieuse, que tout Parisien devrait connaître et fréquenter parce que c’est une librairie bien achalandée qui propose aussi un joli café-terrasse, un peu comme chez Barnes & Noble à New York mais sans le bilan carbone, je me suis empressée d’acquérir l’œuvre, car il ne sert de rien de remettre au lendemain ce qu’on peut faire à l’instant, et j’ai lu.
Bonne nouvelle pour les petits lecteurs, ça se lit vite et bien. Le roman a été d’ailleurs très bien accueilli à sa sortie par les journalistes qui lui ont attribué le prix Interallié. Le prix Interallié, comme son nom l’indique presque, est un prix attribué par des journalistes à un de leurs collègues, ce qui vous donne un indice sur le métier exercé par Humm quand il ne rame ni n’écrit.
Le titre du roman est donc un jeu de mots qui fait moins référence à sa longueur (très raisonnable) qu’au projet (beaucoup moins raisonnable) de trois jeunes hommes de descendre la Seine en canoë jusqu’à la mer.
Les plus calés auront reconnu la trame narrative de Trois hommes dans un bateau, sans compter le chien, de Jerome K. Jerome, roman comique qui est paru en 1889 et n’a pas pris une ride.
À part le chien, quelles différences entre les deux livres ? L’âge des protagonistes, pour commencer, puisqu’ils ont rajeuni en 133 ans. Le lieu, ensuite, car l’Anglais ne connaît que la Tamise, tandis que le Français découvre la Seine. Pour ce qui est de l’humour, il est assez proche, mais les amateurs noteront que Humm est moins caustique que Jerome et qu’il a parfois des accents à la Goscinny qui peuvent faire penser à l’intemporel Petit Nicolas. Il faut enfin souligner une filiation très explicite avec Sylvain Tesson, aventurier et écrivain qu’il faut avoir lu au moins une fois dans sa vie, en commençant par Une vie à coucher dehors, Folio 2009, prix Goncourt de la nouvelle pour ceux qui aiment les prix et les nouvelles.
Pour revenir à lui, Humm nous embarque assez facilement sur son canoë, et on s’attache aux trois énergumènes qui se proposent de transformer une vie sans but en épopée glorieuse, un crasseux en indigène fascinant — et parfois redoutable —, une rive polluée en paradis perdu, et une tringle à rideaux en mât de bateau.
Au fil de l’eau, pour étancher la soif de connaissance du lecteur le plus exigeant, le guide fait l’article des villages croisés, et l’Histoire, comme souvent, émerge de l’histoire ; mais il ne faut pas non plus attendre trop de ce roman : il a été conçu pour être léger, plus léger qu’un canoë pour deux qui serait occupé par trois personnes et non des moindres, de manière à remonter le moral des lecteurs les plus moroses qui auraient touché le fond. Dans cet esprit, une fois fini, il doit accomplir son destin qui est de transiter de mains en mains, sans s’arrêter prendre la poussière sur une étagère, quitte à passer par une bibliothèque mobile.
