Place Slavik : le 8e rend hommage à l'« enchanteur » du Drugstore Publicis

Le saviez-vous ?

Mise à jour le 07/10/2026

Des femmes et des hommes entourant la plaque de rue au nom de Slavik

Le vendredi 2 octobre, Catherine Lécuyer, Maire du 8e, a inauguré la place Slavik, à l'angle des rues Vernet et de Presbourg. La place rend hommage au créateur du décor du Drugstore Publicis. Il a conçu plus de 300 restaurants, bars et boutiques, qu'il voulait comme autant de « lieux d'anti-solitude ».

La place Slavik a été inaugurée en présence de Maurice Lévy, de la famille et des proches du créateur. Géraldine Cerf de Dudzeele, sa biographe, était également présente. Le lieu ne doit rien au hasard. C'est à quelques pas d'ici, sur les Champs-Élysées, que Slavik est apparu dans l'espace public le 19 avril 1958. Ce jour-là ouvrait le premier drugstore de France.

De l'exil aux Champs-Élysées

Wiatscheslav Vassiliev, dit Slavik, naît à Tallinn en 1920 dans une famille russe contrainte à l'exil. Il arrive à Paris à l'âge de 8 ans. Il étudie aux Arts décoratifs puis à l'IDHEC, l'école de cinéma. Cette formation le suivra toute sa vie : il concevra ses lieux comme des plateaux de tournage. Il travaille d'abord aux côtés de Cassandre, de Jacques Adnet et de Serge Lifar. À partir de 1943, il est décorateur aux Galeries Lafayette.

En 1954, Marcel Bleustein-Blanchet lui confie la direction du nouveau service d'esthétique industrielle de Publicis. On parlerait aujourd'hui de design. Slavik dessine tout : des téléviseurs, des téléphones, des stations Shell, des tapisseries pour les Gobelins.

Le Drugstore, une révolution parisienne

L'idée du drugstore vient d'une nuit new-yorkaise de 1929. Marcel Bleustein-Blanchet trouve alors, dans une même boutique, de quoi manger, lire et fumer.

Slavik a su « transformer un concept américain en une émotion parisienne », a souligné Maurice Lévy.

Maurice Lévy
président d'honneur de publicis

Le Drugstore ouvre au 133 avenue des Champs-Élysées. On peut y acheter un journal à minuit, choisir un livre ou dîner sur le pouce au même endroit. Il accueille jusqu'à 5 000 personnes par jour, jusqu'à l'incendie de septembre 1972. Viennent ensuite le Pub Renault en 1963 et le Drugstore Saint-Germain en 1965.

Plus de 300 décors

À partir de 1968, Slavik se consacre aux restaurants, brasseries, pubs, bars et boutiques. Parmi ses réalisations figurent le Jules Verne de la tour Eiffel, primé en 1987, la brasserie du Lutetia, le Dôme et L'Assiette au Bœuf avec Michel Oliver. Le 8e arrondissement en a accueilli le plus grand nombre : 23 lieux, dont 10 sur les Champs-Élysées. Le King George, le Kent's et le pub Sir Winston Churchill en faisaient partie, ce dernier étant visible depuis la nouvelle place.

Son style se reconnaît au premier coup d'œil. On y trouve des miroirs qui multiplient la lumière, des cuivres, des boiseries et des banquettes de cuir. Les éclairages sont pensés pour mettre chacun en valeur. Slavik aimait dire qu'il fallait « désaplatir le quotidien ». Il se voulait « résolument contre le grandiose » et « pour la tendresse ». Dans ses lieux, on pouvait être seul sans se sentir isolé. Philippe Starck l'a résumé ainsi : il y a un « avant Slavik » et un « après Slavik ».

Un message pour le quartier

« Il ne cherchait pas à impressionner le passant : il voulait accueillir l'habitant », a rappelé Catherine Lécuyer.

Il ne cherchait pas à impressionner le passant : il voulait accueillir l'habitant »,

Catherine Lécuyer
maire du 8e arrondissement de paris

Pour la Maire, nommer cette place est aussi un message adressé au quartier des Champs-Élysées. Celui-ci ne doit pas devenir « un simple couloir de passage ou une vitrine figée ». L'enjeu est d'« allier le rayonnement international de Paris à la chaleur d'une vraie vie de quartier ».

La plaque honore désormais un homme qui savait « qu'une ville réussie se mesure à la qualité des lieux qui nous rassemblent ».

Pour aller plus loin : Géraldine Cerf de Dudzeele, Slavik – Les années Drugstore, éditions Norma, 2021.