Compte rendu du Conseil du 8e arrondissement - Séance du 2 juin 2026

L'institution

Mise à jour le 03/06/2026

Salle avec du public et les 13 élus disposés en U
Le Conseil du 8e arrondissement s'est réuni en séance publique le mardi 2 juin 2026. En près de deux heures de débats, les élus ont adopté sept vœux engageant l'arrondissement sur des sujets concrets du quotidien, voté les textes relevant de la compétence propre du Conseil, et rendu leurs avis sur quatorze projets de délibération du Conseil de Paris. Voici l'intégralité des décisions prises et des positions exprimées.

Vœux adoptés

Rue du Rocher : achever la « rue aux écoles »

Le Conseil a adopté à l'unanimité un vœu exigeant l'achèvement des travaux de la « rue aux écoles » sur la rue du Rocher, entre les rues de Vienne et de Laborde. La première phase de sécurisation piétonne pour les lycéens de Racine est un succès ; mais l'interruption des travaux laisse l'artère inachevée, privée des dix arbres et sept jardinières prévus au projet initial. Les élus ont rappelé que la végétalisation n'est pas qu'un enjeu esthétique : c'est un levier d'attractivité pour les commerces de proximité fragilisés par la réduction du transit automobile.
Le Conseil demande au Maire de Paris que cet arbitrage budgétaire soit intégré d'urgence à sa feuille de route pour une finalisation sur la période 2026-2027.

Petite enfance : recréer le centre de PMI

Depuis la fermeture en 2018 de l'unique centre de Protection Maternelle et Infantile de la rue Laure Diébold, le 8e est le seul arrondissement parisien sans structure permanente de plein exercice. Huit ans d'absence, pendant lesquels les familles doivent faire appel à des dispositifs itinérants ou consulter hors de leur arrondissement.
Le Conseil a adopté un vœu demandant que la Ville de Paris engage une concertation avec l'arrondissement et la CPTS Paris 8 pour identifier des locaux adaptés dans le patrimoine public et sanctuariser les crédits nécessaires. Les élus ont salué l'engagement de la CPTS, mais ont été clairs : le « système D » ne peut tenir lieu de politique publique de santé.

Parc Monceau : un accord obtenu avant la séance

Le vœu relatif à l'espace de liberté pour les chiens au parc Monceau a été retiré, un accord ayant été conclu avec l'Exécutif parisien juste avant la séance, preuve que la pression du Conseil produit des effets concrets. Après le succès de l'expérimentation 2025, la Ville avait proposé des surfaces insuffisantes (1 000 à 2 000 m²), incompatibles avec la réalité des 500 chiens recensés dans le secteur. Le dispositif finalement acté porte la surface à 2 500 m², avec un créneau matinal prioritaire de 7h à 11h, la présence d'un animateur canin obligatoire, une délimitation par grilles et un renforcement de la présence de la police municipale. L'expérimentation reprend dès juin.

Civisme : deux campagnes de sensibilisation réclamées à la Ville

Le Conseil a adopté à l'unanimité un vœu demandant à la Ville de Paris de déployer sous six mois deux campagnes de communication percutantes sur le mobilier urbain parisien. La première cible les incivilités routières à l'égard des piétons, trop souvent mis en danger par des cyclistes ou des trottinettes ne respectant pas le code de la route. La seconde vise les jets de mégots, dont chaque unité empoisonne 500 litres d'eau et met dix ans à se dégrader. Les élus ont souligné que la Ville dispose d'une capacité d'affichage considérable et s'étonnent qu'elle ne l'utilise pas davantage à ces fins. Une densité renforcée dans le 8e et une rotation annuelle des visuels sont demandées.

Commerce : un marché alimentaire à Saint-Augustin

Face à l'érosion de la diversité commerciale du secteur Saint-Augustin - accentuée par la fermeture temporaire annoncée du Monoprix, véritable locomotive du quartier - le Conseil a voté un vœu demandant à la Ville de lancer une étude de faisabilité pour un marché alimentaire hebdomadaire place Saint-Augustin. Pensé en complémentarité avec le marché de la Madeleine, ce projet vise à attirer des producteurs en circuits courts un à deux jours par semaine. L'expérimentation demandée durerait six mois renouvelables, co-construite avec les riverains. Le 8e prend ainsi les devants face à l'attentisme de la Ville sur la revitalisation commerciale de quartier.

Propreté : mettre fin à l'affichage sauvage

Le 8e arrondissement est régulièrement dégradé par des campagnes d'affichage clandestin menées par des agences spécialisées qui intègrent cyniquement le coût des amendes dans leur budget. Le Conseil a adopté un vœu demandant des mesures structurelles : exclusion de ces agences des marchés publics parisiens, facturation systématique des frais de nettoyage aux donneurs d'ordre, interdiction des flyers sur les pare-brises, expérimentation d'un marquage visuel des infractions et renforcement des sanctions pénales. Les élus ont rappelé la contradiction de la Ville, qui a elle-même confié certaines de ses campagnes à ces mêmes agences.

Mobilité professionnelle : ouvrir le stationnement aux artisans et soignants

Un artisan sur dix refuse désormais des chantiers en centre de Paris ; un tiers des médecins envisagent d'abandonner les visites à domicile. Le Conseil a adopté un vœu demandant la révision d'urgence des codes NAF éligibles au stationnement professionnel, dont la liste obsolète exclut de nombreux professionnels indispensables : livreurs du dernier kilomètre, déménageurs, aides à domicile, ostéopathes. Le Conseil demande la création d'une commission de recours partenariale et d'un guichet unique aux délais raccourcis, pour cesser de pénaliser ceux qui font vivre l'arrondissement au quotidien.

Délibérations du Conseil du 8e arrondissement

Un nouveau règlement intérieur pour une démocratie locale plus ouverte

L'adoption du nouveau règlement intérieur est le temps fort de cette séance. Obligatoire après chaque renouvellement, ce texte ne se limite pas à l'organisation technique de l'assemblée : il acte une évolution réelle des pratiques démocratiques locales. Les séances seront désormais filmées et retransmises en direct. Le Comité d'Initiatives et de Consultation d'arrondissement sera de nouveau réuni comme le prévoit la loi. Chaque conseil de quartier pourra déposer un vœu annuel, examiné au même titre que ceux des élus. Un droit de pétition citoyenne automatique est créé : 1 000 signatures suffisent pour inscrire un sujet à l'ordre du jour dans un délai de deux mois. Chaque séance se conclura par trente minutes d'échanges ouverts au public. L'opposition bénéficie d'un local et d'un quart de l'espace d'expression dans le bulletin municipal. Ce règlement a été adopté à l'unanimité.

Délégation de compétences à la Maire pour les marchés de faible montant

Le Conseil a voté la délégation à la Maire de la compétence pour préparer, passer, exécuter et régler les marchés publics de faible montant, dits « sans formalités préalables », en application de l'article L.2511-22 du CGCT. Cette délégation, rendue possible par un arbitrage du Conseil de Paris du 19 mai, permet à l'arrondissement de gérer sans délai les petites réparations et achats courants, sans attendre les circuits centraux. C'est un outil d'efficacité concrète pour les habitants.

Avis favorable sur le compte de gestion 2025

Le Premier adjoint Éric Schahl a présenté l'avis sur l'exécution du compte de gestion de l'État spécial 2025. La vérification de concordance entre les écritures de l'ordonnateur et du comptable de la DRFIP a confirmé l'exactitude des comptes : 2,95 millions d'euros de dotations perçues, 2,73 millions de dépenses, pour un excédent reporté de 225 948,71 euros. L'investissement dégage 46 131,30 euros de solde positif ; le fonctionnement, près de 180 000 euros. Avis favorable adopté.

Vote du compte administratif 2025

La Maire s'étant retirée conformément aux règles en vigueur, le compte administratif 2025 a été présenté par Éric Schahl. Avec 2 730 788,10 euros de dépenses exécutées, les équipements de proximité captent 79 % des crédits. La hausse des coûts énergétiques pèse sur le budget (les fluides) représentent 19 % de l'enveloppe, pour chauffer les écoles et les crèches. La rénovation des bâtiments absorbe 8 % des crédits, les investissements en voirie et mobilier 6,5 %. L'excédent de 225 948,71 euros correspond à des chantiers engagés dont les factures sont en cours ; les crédits résiduels seront affectés au budget supplémentaire 2026. Le Conseil a rendu un avis favorable.

Avis sur les projets de délibération du Conseil de Paris

Théâtre du Rond-Point : subvention approuvée, vigilance sur les obligations imposées

Le Conseil a voté favorablement la subvention de 1,095 million d'euros au Théâtre du Rond-Point, institution culturelle de référence dont la fréquentation croissante, notamment auprès des jeunes publics, mérite un soutien public solide. Les élus ont approuvé les nouvelles dispositions relatives à la prévention des violences sexistes et sexuelles, et ont exprimé leur tolérance zéro absolue sur ces sujets. Ils ont néanmoins alerté contre le risque de transformer des obligations légitimes en contraintes bureaucratiques excessives, incompatibles avec l'agilité d'une structure culturelle.

FNACA : dette mémorielle honorée, gouvernance à réformer

Le Conseil a voté favorablement la subvention à la Fédération Nationale des Anciens Combattants en Algérie, Maroc, Tunisie. Le comité du 8e- 39 adhérents, présidé par Jean-François Salahud, rue Vernet — reçoit 1 000 euros. Les élus ont regretté la méthode de répartition uniforme entre les treize comités parisiens, sans tenir compte des réalités démographiques ni du volume d'activités de chaque antenne, et ont demandé une refonte de cette gouvernance.

Cinémas Le Balzac et Le Lincoln : aides reconduites, insuffisance déplorée

Le Conseil a voté favorablement la reconduction des aides à ces deux cinémas d'Art et Essai des Champs-Élysées (38 000 € pour Le Balzac, 15 000 € pour Le Lincoln), tout en pointant leur insuffisance manifeste : ces dotations représentent respectivement 3 % et 1,7 % des budgets de ces établissements confrontés à des loyers et des charges d'exploitation parmi les plus élevés de Paris. Les élus ont demandé que les subventions soient davantage indexées sur les coûts réels d'exploitation.

Centre Paris Anim' Beaujon : convention avec 3AC8 approuvée

Le Conseil a approuvé la délégation de service public confiée à l'association 3AC8 pour la gestion du Centre Paris Anim' Beaujon pour cinq ans. Les élus ont salué le bilan de cet opérateur de confiance : taux de couverture des charges de 64 %, 4 500 heures d'activités annuelles, actions intergénérationnelles exemplaires avec la Résidence Beaucour. Ils ont regretté l'imposition par la Ville d'une redevance annuelle de 13 500 euros sur cet équipement de proximité, qui s'apparente à une taxation de l'animation locale, et ont demandé plus d'autonomie pour les structures de quartier.

Collèges Condorcet et Gréard : dotations approuvées, transition numérique réclamée

Le Conseil a approuvé les dotations 2026 pour les deux collèges du 8e : 2 000 euros pour la cour Oasis de Gréard, 1 175 euros de forfait travaux pour chacun, et la prise en charge de sécurisations urgentes. Les élus ont vivement regretté l'absence des collèges du 8e dans le dispositif de renouvellement des parcs informatiques, qui attribue vingt ordinateurs neufs à onze autres collèges parisiens pour 154 000 euros. Le Conseil a exigé leur intégration dans le prochain cycle.

Caisses des écoles - conventionnement : approuvé avec vigilance

Le Conseil a approuvé la clarification juridique du cadre de conventionnement des Caisses des écoles et le renforcement de la cybersécurité des données. Il a demandé que le déploiement de « Paris Familles » ne se fasse pas au détriment de l'accompagnement humain des familles dans les mairies d'arrondissement.

Restauration scolaire - règlement intérieur : approuvé avec réserves

Le Conseil a voté favorablement le règlement intérieur harmonisé pour les Caisses des écoles, qui simplifie le quotidien des familles. Il a cependant demandé que cette harmonisation ne devienne pas un vecteur de recentralisation administrative effaçant les spécificités de chaque arrondissement.

Intégration à « Paris Familles » : approuvée sous conditions

Le Conseil a approuvé l'avenant intégrant la Caisse des écoles du 8e au dispositif « Paris Familles » à compter du 1er septembre 2026, dans l'intérêt concret des familles puisqu'une seule facture recouvrera l'ensemble des services scolaires et périscolaires. Les élus ont exprimé leurs réserves sur le transfert des recettes familiales à la Ville, qui réduit la lisibilité budgétaire locale, et sur la réduction du préavis de rupture de la convention. Ils seront attentifs à ce que la modernisation ne serve pas de prétexte à un désengagement financier de la Ville.

Établissement Laurent : avenant approuvé

Le Conseil a approuvé l'avenant au contrat de concession de l'établissement « Laurent », consécutif au rachat de la totalité des parts par la société Noctis Event. Les élus ont salué la réalisation par le concessionnaire, à ses frais exclusifs, du programme d'investissements de 5,3 millions d'euros hors taxes prévu au contrat, sans mobiliser un euro public. Un exemple de partenariat public-privé efficace dans le respect du patrimoine.

Réemploi : vote défavorable — inéquité territoriale inacceptable

Le Conseil a émis un vote défavorable sur ce texte, dont les objectifs environnementaux sont pourtant partagés. La répartition géographique des 636 000 euros de subventions exclut intégralement le centre et l'Ouest parisien : aucune ressourcerie, recyclerie ou projet lauréat n'est implanté ni même prévu dans le 8e arrondissement. Les élus ont refusé de valider une politique de transition écologique à deux vitesses, et ont demandé une révision des critères d'attribution pour garantir l'accès de tous les Parisiens à ces services de proximité.

PLU - droit de délaissement : renonciations approuvées

Le Conseil a approuvé la renonciation de la Ville à acquérir six biens du 8e arrondissement dont les propriétaires ont activé leur droit de délaissement, consécutif aux servitudes imposées par le PLU adopté en novembre 2024. Les valeurs en jeu sont considérables : l'ensemble rue de Rome / rue de Stockholm estimé jusqu'à 67 millions d'euros, le 46 rue de la Boétie à 57 millions, le 63 boulevard Haussmann à 40,1 millions, le 62 rue de la Boétie à 30,3 millions, le 146 boulevard Haussmann à 32,76 millions et le 6 rue de Téhéran à 20,2 millions. Ces renonciations illustrent les limites financières de certaines ambitions du PLU. Le Conseil a demandé la suppression définitive des réserves d'urbanisme correspondantes, lors d'une prochaine modification du PLU

Marchés découverts : avis favorable - Groupe Bensidoun retenu

Le Conseil a rendu un avis favorable à l'attribution au Groupe Bensidoun du lot B des marchés découverts parisiens, qui couvre le 8e arrondissement, pour six ans. Les élus ont approuvé les engagements environnementaux du contrat (biodéchets, suppression des plastiques à usage unique, valorisation des invendus). Ils ont exprimé des réserves sur certaines clauses financières du contrat - notamment les pénalités liées aux objectifs de tri, pouvant atteindre 800 000 euros par an et ont annoncé une vigilance constante dans les comités de suivi.

Crèches : subvention à ABC Puériculture approuvée

Le Conseil a approuvé le conventionnement pluriannuel avec ABC Puériculture, dont la crèche Coquin'Ours, rue de la Bienfaisance, accueille des enfants du 8e. Les élus ont soutenu ce financement de 9 074 670 €, indispensable pour maintenir des places d'accueil dans un contexte de pénurie de professionnels et de fermetures de berceaux, et ont demandé un bilan d'étape rigoureux de l'utilisation des fonds.

Police municipale - sécurité événementielle : abstention

Le Conseil s'est abstenu sur ce texte qui prévoit de facturer aux organisateurs d'événements privés les prestations de sécurisation de la Police municipale. Les élus partagent le principe d'une contribution des organisateurs commerciaux, mais ont contesté la tarification retenue - jusqu'à 90 euros de l'heure, doublée les nuits et dimanches - et le droit discrétionnaire de facturer en cas d'annulation. Ils ont rappelé leur exigence d'un corps de police municipale porté à 5 000 agents armés, condition première d'une sécurité publique assurée sans faire payer à ceux qui animent la vie du quartier le déficit de moyens de la Ville.